En 2012,
Christina m'invitait à visiter l'exposition
Enfance, Réminiscences et Héritage, et m'offrait ainsi l'occasion de découvrir l'
Hôtel de Béhague.
Cette
exposition itinérante qui avait été initiée, entre autres par
le musée du paysan roumain tentait de répondre à la question ainsi posée par Lila Passima, commissaire d'exposition:
"
Quelles seraient les dimensions qu’un musée de l’enfance puisse
avoir? Pourrait-il se blottir dans une poche ou arriver jusqu’aux
nuages, séparer le monde en deux, entrer dans un conte, être accroché à
un cintre ou chuchoté dans la langue papelka, pour ainsi dire ? Une
chose est certaine, nous portons tous, à l’intérieur de nous-mêmes, un
musée de l’enfance aux portes toujours ouvertes"
Contrairement aux scénographies habituelles des musées du jouet, cette exposition tentait bien de restituer une perception de l'enfance en contextualisant la présentation des objets et les replaçant au cœur des us et coutumes locaux. C'est ainsi que je découvrais une tradition populaire roumaine toujours bien ancrée: "la présentation du plateau au bébé". Lorsque le bébé atteint l'âge d'un an,
une fête est organisée en son honneur. On lui coupe alors une mèche de cheveux et on lui présente un plateau contenant divers objets symbolisant différents métiers.
Les ciseaux (du coiffeur), le ticket de métro (du conducteur de tramway), un billet (de trader), un rabot (de menuisier), le stylo (du poète).... L'enfant choisit alors un des objets présentés et l'assemblée assume alors que son destin est tracé. On imagine très bien que le choix des objets par les adultes n'est absolument pas influencé....
Demain
Cristina inaugure une
nouvelle exposition qui tout de suite fait écho à la précédente.
Avec
Cadre de mémoire, elle cherche à comprendre de quelle manière les objets nous définissent une fois qu'ils ont été choisis. Instantanément j'ai pensé à cette tradition découverte 5 ans plutôt. Quel serait le destin d'un bambin qui au dernier moment n'aurait pas choisi le mètre d'arpenteur mais les chaussons de danse...
Le choix n'est pas décontextualisé, il s'inscrit dans une époque. Ainsi dans l'exposition précédente, les concepteurs écrivaient
"Dans l’Europe médiévale, l’enfance finissait vers
l’âge de 10 ans ; à 13 ans, les jeunes filles étaient déjà prêtes au
mariage. Ailleurs, les garçons des familles régnantes étaient appelés à
conduire les destins d’un pays dès qu’ils abandonnaient les jouets.
Chaque époque, chaque culture a conçu et défini l’enfance à sa
manière ; c’est pourquoi l’enfance nous apparaît aujourd’hui comme un
concept à frontières et à significations variables".
Dans l'exposition à venir, Cristina ajoute une autre dimension : la mobilité. Que penser de l'objet d'exil, celui que l'on emmène en migration. L'enfance ne semble pas avoir sa place dans cette nouvelle exposition et pourtant, elle serait le juste lien entre les deux. Comment les jeunes enfants migrants se construisent-ils.. comment font-ils le lien entre l'enfance qu'ils ont abandonnée et celle de leur nouvelle vie. Quelle est alors le rôle de l'objet emmené.
Une de nos amies communes, qui a longtemps été professeur de FLE (Française Langue Étrangère) dans les classes d'accueil nous confiait les témoignages de ses jeunes élèves contraints de choisir et donc d'abandonner une part de leur enfance. Il y aurait, c'est certain, matière à proposer une suite tournée vers l'enfance à l'exposition qui débute demain.
Peut-être que l'objet passeur pourrait y avoir sa place, à l'instar d' Otto l'ours de Tomi Ungerer.
#EnfanceenRoumanie